L'écriture pour passion

Plume_160.jpg J 'ecris comme je respire...
Dans cette presque même vitale obligation, que pourrait expliquer Ethel,
héroïne de roman. 

 

  « Une bonne dizaine ! » ... C’est ce qu’Ethel a désormais pour habitude de répondre, lorsqu’on lui demande combien de livres elle a déjà écrits. Comme d’autres n’avouent pas leur âge, elle a développé une sorte de pudeur à révéler le nombre exact de bouquins parus, nés de ce besoin d’écrire qui l’anime dans une récurrence frisant l’addiction pour utiliser ce terme à la mode lorsqu’on veut évoquer la dépendance.

  Besoin viscéral que, souvent, Ethel assouvit dans une discrétion flirtant, elle, avec le mystère. Taire qu’on écrit pour ne pas signaler la gravité de la dépendance, cacher qu’un nouveau livre est en gestation, pour ne pas entendre : « Encore ! », telle une improbation qui viendrait sanctionner un bien étrange virus.

site Arthur Img_5504.jpg   Elle aimerait que soit reconnue pour vraie l’affirmation de Jean Martet, ancien secrétaire de Clemenceau, selon laquelle beaucoup de livres n’auraient été édités que pour servir à asseoir les enfants sur des chaises trop basses: ça aurait transformé sa dépendance en presque engagement d’intérêt général, donné une sorte de légitimité d’intérêt à sa « déviance ». Grâce à la sienne, en tout cas, quelques mômes pouvaient déjà affronter le monde !

  N’empêche qu’Ethel n’avoue qu’une seule dizaine de publications, sur les trois qu’elle a «commises». Pourtant, ses écrits plaisent, connaissent un joli petit succès populaire, alors, qu’importe au fond ce que peut contenir un petit adverbe…

  Cet «encore » se révélant un rien agaçant quand même !


Extrait de: Pourvu qu’Arthur ait raison, Collection Vent de Plume, Editions de la Vertevelle, 2007

 

  "Par la fenêtre ouverte, Ethel aperçoit au loin cette forêt de Chartreuse, dont l’austère profondeur l’effrayait autrefois, ce lieu qu’elle percevait, enfant, chargé d’un mystère à la fois envoûtant et potentiellement dangereux, ce cadre tout particulier où la lumière du soleil ne parvient, souvent, qu’à poudrer d’or un seul point, laissant en noir et blanc tout le reste…

  Cette forêt, où, lorsqu’un père y entraînait ses filles, la plus jeune, dans une attente fébrilement craintive, plus encore qu’elle redoutait voir surgir un loup, espérait voir apparaitre un renard ! Pas n’importe quel renard… Pas un renard enragé que les hommes se seraient empresser de tuer mais celui du petit prince de Saint-Exupéry pour que, juste un instant, le sous-bois au cœur duquel elle était devienne une rose à écouter « se plaindre, se vanter ou même se taire ».

  Malgré la crainte, que lui inspiraient ces lieux pourtant familiers, Ethel avait très vite compris qu’il n’était nul besoin d’aller voir d’autres roses,
« belles mais vides », pour savoir que la sienne « était unique au monde », que c’est le temps que les hommes, dont son père, avaient passé à s’occuper de cette « rose » qui en faisait la plus importante de toutes pour elle.

  Comme le Petit Prince avec la rose de sa planète, Ethel se sent presque investie d’une responsabilité envers cette forêt, gardienne de tant de choses, porteuse d’une sorte de signal, d’un quelque chose à venir… Un peu comme le printemps porte la vie qui recommence avec on ne sait quoi, dans un souffle de vent, qui apporte la certitude, un matin, que l’hiver est fini.

  Elle sait que la saison morte est finie, Ethel, en regardant les sapins qui semblent n’avoir renoncé à leur ascension que devant quelques falaises trop abruptes, et dont la frondaison se détache si sombre sur le ciel bleu. Un rayon de soleil éclaire le chemin là-bas, conduisant sous le bois devenu écrin du souvenir de son père mais aussi de Marie. Cette grande sœur un instant redescendue de son royaume entre le bleu du ciel et les rayons du soleil. Une tache de pourpre à hauteur du cœur... Elle aimait tant le rubis Marie… Autant qu’Ethel aime le saphir…


 
Saisissant la main de l’enfant blonde surgie du passé, Ethel se laisse entraîner, telle une plume au vent, dans la brèche qui vient de s’ouvrir vers un voyage intérieur au bon goût de l’enfance… Vers une source où elle pourra s’abreuver d’une eau dont elle avait cru les eaux plus troubles… Vers elle-même qu’elle allait pouvoir, enfin, pleinement retrouver... "





 
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