Qui suis-je ?

Martine-Galiano-enfant.jpg  C’est sous la présidence de Vincent Auriol, que j’ai poussé mon premier cri, le 10 novembre 1951, en plein cœur de Grenoble, Place Sainte Claire à la Clinique Baret. Mes premières promenades se sont longtemps effectuées à vélo, sur le porte-bagages de papa ou de maman et mes tous premiers jeux d’enfant ont eu pour cadre le Jardin de Ville, tout proche de la rue Saint-Jacques où nous logions alors, chez mon grand-père.

  Papa trouva notre premier vrai chez nous, «ancienne route de Lyon », à deux pas de la Porte de France. Un logement sans commodité aucune et bien vite trop exigu. En 1957, nous déménagerons pour le quartier populaire d’une commune voisine : la Buisserate à Saint Martin le Vinoux. Mes parents s’étaient vus proposer, par le biais de Merlin Gerin l’entreprise ou travaillait papa, l’une de ces «habitations à loyer modéré», les fameux HLM.

  Une telle entrée dans la modernité, ne pouvait que s’accompagner d’autres «mutations» qui, imposa aux vieux meubles de céder la place à ceux en stratifié dont rêvait maman. Il en a fait des ravages ce si brillant formica, qu’on nettoyait d’un coup d’éponge, balayant le chêne ou le noyer des anciens d’un revers de main… Quel gâchis il aura fait cet après-guerre, avec son progrès qui a emporté les meubles de mon pépé !

  Quelques semaines avant mes six ans j’entrais à la grande école où Mademoiselle Vial m’apprit la belle écriture anglaise, avec ses pleins et ses déliés ressemblant à des arabesques. Mes enfants ont toujours admis de manière assez dubitative que je puisse avoir appris à écrire avec une plume d’oie. J’eus pourtant le privilège de connaître le crissement de la plume d’oie, taillée avec minutie, qui menaçait de se plier à chaque pression un peu trop appuyée sur le papier.
 

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  Année scolaire-1956 1957- Porte de France


  Je conserve de cet apprentissage le sentiment d’une précieuse expérience qui m’apporte la satisfaction d’avoir eu, pour écrire, un outil identique à celui des grands auteurs littéraires des siècles passés ! Les années suivantes, la plume d’oie cédera la place au porte-plume, équipé de la « départementale» ou de la «sergent major», plus agréable pour réaliser les pleins et les déliés.

  C’est à cette époque que j’ai commencé à partir vers des aventures littéraires qui, souvent, ne m’entraînaient pas plus loin que le fond de mon cartable où disparaissait le papier, ayant trop peur d’être surprise en flagrant délit d’écriture. Un étrange virus que je cachais à mes parents même si c’est de mon père que j’ai hérité de ce  besoin de poser sur le papier ce que les paroles ne parviennent pas toujours à exprimer.

  L’un de mes tout premiers écrits d’enfant: « La neige a couvert cette nuit la plaine d’un épais tapis et de nombreux papillons blancs tombent tout en tourbillonnant… » Rimes puériles s’il en fut - mais après tout plutôt pas mal finalement pour la gamine que j’étais alors - qui finirent en boule, (de papier pas de neige !) dans la corbeille à papier.

  Je n’eus pas le bonheur de connaître mes grands-mères, toutes deux disparues alors que mes parents étaient eux-mêmes enfants. De ce manque il me reste toujours un sentiment assez confus d’inachevé, de privation d’une partie de mes « fondations» … Est-ce pour ce manque que je me suis toujours sentie en plus parfaite harmonie avec des gens plus âgés que moi, que j’ai tant de bonheur à côtoyer les anciens ?

Martine-galiano-portrait.png   En 1991 - je travaille alors pour un grand quotidien régional - sort mon premier livre. Mon mari m’avait conduite en Chartreuse, ma plume au statut d’écrivain.

  Une plume que je n’ai jamais cessé, depuis, de plonger dans le territoire de Chartreuse et dans son passé, écrivant comme on boit, avec la pleine conscience de me désaltérer à une source de celles qui se tarissent.

  Il y a peu, l’ainé de mes petits-enfants m’a dit : « Ce n’est pas que tu sois vieille, Mamé, c’est juste que tu commences à être un peu moins jeune ».  La petite fille au poème inachevée est devenue grand-mère mais sa soif d’écrire est toujours là, intacte…

 

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